"Antiope,
fille d'Asopos, avait conçu deux fils, Amphion et Zétos,
les premiers fondateurs de Thèbes, la ville aux sept portes,
qu'ils munirent de tours, car malgré leur rare vaillance, ils
n'auraient pu sans tours habiter cette vaste ville." Odyssée,
XI 262-5
La
langue homérique connaît plusieurs termes pour désigner
le concept de cité (polis, ptolis, ptoliethron et astu),
en revanche, elle n'a pas de mot pour désigner les villages ou
les hameaux. Le fait peut surprendre si l'on rappelle que le vocabulaire
mycénien connaît, en revanche, une telle distinction. A
l'évidence, des villages ont existé tout au long des siècles
dits obscurs, mais la poésie homérique les ignore pour
les assimiler à des cités; dans le monde des héros
homériques, la cité n'est pas constituée par sa
grandeur ou par l'importance de sa population mais par l'organisation
de son espace. Dans le texte cité, la fondation de la ville de
Thèbes est marquée par la construction des tours. Murailles,
tours, temple, agora, acropole, rues et maisons dessinent l'espace de
la cité. Ici encore, il n'y a cependant pas de définition
normative: Ithaque qui est qualifiée d'astu et de polis
n'a ni rempart, ni temple, ni acropole; en revanche, elle possède
une agora, située près du port (Odyssée,
II 10). Comme l'a bien relevé S. Scully, Ithaque dans l'Odyssée
constitue un cas limite d'une cité qui tend à être
réduite à un oikos (domaine familial). Mais
ce cas limite indique clairement que la définition minimale d'une
polis implique, au moins, l'existence d'une agora: ce
lieu de rassemblement où la communauté peut se réunir
pour débattre. Dans l'Iliade, les héros achéens
ont installé, au centre de leur camp, l'agora et la themis:
agora et themis qui signifient une vie et une organisation
sociales et confèrent au camp un statut de "cité".
Inversement, l'absence d'agora révèle, dans un
groupement quelconque, l'absence d'une véritable cohésion
sociale. Lorsqu'il est chez les Cyclopes où chaque famille vit
pour soi, Ulysse remarque que leur île est une juxtaposition de
différentes maisons, mais qu'ils n'ont pas d'agora et
qu'ils ne respectent point les dieux.
Cernée
de remparts et de tours, centrée sur l'agora, des cités
comme Troie ou Schérie possèdent également des
temples, temple de Poséidon à Schérie, d'Athéna
et d'Apollon à Troie. En revanche, les tombes semblent situées
hors des murs. Le tombeau d'Ilos se situe en avant des murs et la tombe
d'Hector, semble-t-il, devant Troie.








