"A
Aphrodite qui s'est blessée en voulant intervenir dans la bataille,
Zeus dit : "Mon enfant, ce n'est pas à toi que reviennent
les travaux de la guerre; mais occupe-toi des doux travaux du mariage.
La guerre, le rapide Arès et Athéna s'en soucieront."
Iliade, V 426- 430
Dans la poésie
homérique, la guerre est représentée par deux divinités
antithétiques et antagonistes : Arès et Athéna
(Iliade, V 430). Fils de Zeus et d'Héra, Arès est
le dieu de l'aveuglement guerrier, de la force furieuse; sur le champ
de bataille, il a pour escorte Querelle (Iliade, V 518), Terreur
et Déroute (592). Il y a, dans l'Iliade, plusieurs expressions
qui conservent le souvenir d'un Arès redoutable et effrayant:
son nom est synonyme de bataille et de lutte; "se battre"
c'est "s'en remettre au jugement du terrible Arès"
(Iliade, II 385) ou encore "porter Arès, source de
pleurs, dans la plaine" (Iliade, III 132); Arès,
c'est la guerre dans ce qu'elle a de douloureux et de pénible
: d'un guerrier qui est frappé au bas-ventre, l'aède peut
dire qu'il est touché là où "Arès fait
le plus mal". Des héros qui se battent bravement, il est
dit qu'ils sont des rejetons ou des serviteurs d'Arès.
Mais si le nom d'Arès évoque tout cela, le dieu, lui-même,
n'est, dans l'Iliade, qu'une figure de deuxième plan,
une divinité sans grande envergure. Certes il jouit des faveurs
de son amante Aphrodite, mais les autres dieux n'ont pour lui qu'une
estime moindre. Zeus le considère comme le plus odieux de tous
les Immortels. L'indication est importante pour comprendre que la guerre,
si elle est perçue comme un fait naturel, n'en reste pas moins
odieuse.
Mais surtout,
la principale rivale d'Arès est Athéna qui représente
une autre conception de la guerre. Significativement, dans le duel qui
les oppose, c'est la déesse qui l'emporte. Dira-t-on, en suivant
W. Burkert, qu'Athéna contribue à introduire dans la guerre
une forme de maîtrise et de discipline ? Et qu'en donnant l'avantage
à Athéna, l'Iliade défend la possibilité
d'une guerre dotée de règles? Chez Hésiode, la
puissance guerrière d'Athéna est aussi effrayante que
celle d'Arès : dans la Théogonie (v. 925), Hésiode
décrit la déesse comme "une terrible provocatrice
de tumulte, infatigable conductrice d'armée", ravie par
les clameurs, les guerres et les combats. Mais dans la poésie
homérique, le visage de la déesse est différent.
Armée de l'égide, elle insuffle aux héros, le menos,
une énergie guerrière victorieuse qui se distingue, nettement,
de la fureur sauvage propre à Arès.








