"Quand
la phalange se trouve en ordre serré, prête au combat,
chaque homme occupe, avec ses armes, un espace de trois pieds. La sarisse,
pour laquelle on avait prévu à l’origine une longueur
de seize coudées, a été, pour répondre aux
besoins réels, raccourcie à quatorze. De cela, il faut
retrancher les quatre coudées correspondant à la portion
de la hampe qui se trouve entre les deux mains du porteur et à
la partie faisant derrière lui contrepoids à celle qui
avance devant lui. Il est donc évident que la sarisse doit porter
à dix coudées en avant de chacun des hoplites, lorsque
ceux-ci marchent à l’ennemi. Il en résulte que les
sarisses des deuxième, troisième et quatrième rangs
avancent bien au-delà du premier rang et que celles du cinquième
le dépassent encore de deux coudées, lorsque la phalange
se trouve massée dans l’ordre serré qui lui est propre
aussi bien en largeur qu’en profondeur. [...] Il est évident
donc qu'au delà de chaque homme du premier rang, pointent cinq
sarisses, dont les fers se trouvent en retrait les uns par rapport aux
autres de deux en deux coudées.
D'après
cela, on imagine facilement ce qui peut arriver quand toute une phalange,
disposée sur seize rangs de profondeur, se lance à l'attaque
et on mesure toute la puissance de choc d'une telle troupe. Les hommes
alignés au-delà du cinquième rang ne peuvent pas
utiliser leurs sarisses pour porter des coups à l'ennemi. C'est
pourquoi, au lieu de les abaisser chacun à l'horizontale, il
les tiennent la pointe en l'air, mais en les inclinant vers les épaules
des soldats qu'ils ont devant eux, afin de protéger toute la
troupe contre les traits arrivant au-dessus d'elle, car toutes ces hampes
dressées les unes à côté des autres arrêtent
les projectiles, qui, passant au-dessus des premiers rangs, pourraient
venir tomber sur les hommes massés derrière eux. Ceux-ci,
d'autre part, par le simple poids de leur corps, exercent sur les rangs
qui les précèdent une pression qui, lorsque le heurt se
produit, accroît la violence du choc et ôte aux hommes de
tête toute possibilité de faire volte-face." Polybe,
Histoires, XVIII, 29-30
La phalange macédonienne
reprend les principes de la phalange hoplitique. Comme l'explique Polybe,
elle consiste en une organisation compacte des fantassins sur le champ
de bataille. Disposés en 16 rangs de profondeur, les phalangites
se placent en colonnes serrées. Les cinq premiers rangs pointent
leur sarisse vers l’avant, tandis que les rangs suivant les inclinent
au-dessus de la tête de leurs camarades. La longueur des sarisses
permet aux phalangites d’atteindre leurs ennemis sans que ces derniers
puissent faire de même.
Victorieuse contre
les Grecs à Chéronée avec Philippe II, puis des
Perses aux batailles du Granique, d'Issos et de Gaugamèles avec
Alexandre le Grand, la phalange devient la maîtresse de champs
de bataille pour plus de 150 ans. Durant toute cette période,
elle reste la colonne vertébrale des armées hellénistiques.
Cette formation de combat garde son nom quelle que soit l'origine des
soldats la composant. Ainsi à la bataille de Raphia, les Lagides
alignent une phalange macédonienne composée, entre autres,
de recrues africaines.







