"Lysandre
aussitôt donne le signal de mettre à la mer au plus vite
: on embarqua aussi Thôrax avec son infanterie. Conon, voyant
les vaisseaux s’avancer pour l’attaque, donna le signal aux
vaisseaux d’arriver à la rescousse au plus vite ; mais,
comme les hommes étaient dispersés, les trières
restèrent, les unes garnies de deux rangs de rameurs, les autres
d’un seul, les autres tout à fait vides : celle de Conon
et sept autres autour de lui prirent la mer en un seul groupe avec leurs
équipages au complet, ainsi que la Paralienne ; mais toutes les
autres furent capturées par Lysandre à la côte ;
il ramassa la plus grande partie des hommes à terre : il y en
eut aussi qui s’enfuirent jusqu’aux fortins." Xénophon,
Helléniques, II, 28
L'histoire militaire
navale de la période classique est indiscutablement liée
à la trière. Ce navire, dont l'invention est attribuée
aux Corinthiens, apparaît au cours du VIe siècle av. J.-C.
et devient le navire de guerre par excellence dès le début
du siècle suivant. Pour nous faire une idée de l'aspect
de ce navire, nous pouvons nous appuyer sur des sources littéraires
mais aussi iconographiques. Ces dernières sont souvent partielles
et ne montrent que la proue ou la poupe du navire. C’est généralement
le cas des pièces de monnaie.
La taille de la trière
peut être déduite de la dimension des cales sèches,
retrouvées à Zéa, l'un des ports du Pirée.
On l'estime à 36 m de longueur et de 5 m de largeur. La hauteur
de la trière atteindrait 2,1 m, avec un tirant d'eau
inférieur à 1 m. A la proue de la trière se trouve
un éperon en bronze destiné à fracasser les navires
ennemis. Les Grecs peignent à l'avant du bateau des yeux auxquels
ils accordent une valeur apotropaïque. La trière est dépourvue
de quille et possède un fond plat, ce qui lui permet d'être
facilement tirée à terre. Elle utilise deux moyens de
propulsions : la voile et la rame. Bénéficiant d'un mât
démontable et de deux voiles rectangulaires, la trière
navigue à la voile par vent arrière et pour de longues
traversées. Le reste du temps et lors des combats navals, elle
se déplace à la rame.
Conformément
à son nom, une trière possède trois rangs de rameurs
sur chacun de ses côtés. Les historiens ont longtemps discuté
de l'emplacement réel de ces rameurs. Grâce, notamment,
à un relief montrant une vue précise des bancs de nage,
on s'accorde à dire que la trière comportait trois étages
de rameurs de chaque côté. L'étage du dessus comportait
31 rameurs appelés thranites, les deux autres, respectivement
zeugites et thalamites, étaient au nombre de 27
chacun. La trière comptait donc 85 rameurs de chaque côté,
soit 170 en tout. A ce nombre s'ajoutait une trentaine de membres d'équipage,
marins, soldats de marine et état-major.
Récemment, une équipe de chercheurs anglais a reconstitué
une trière. Cette dernière nommée Olympias, a
vogué dans les eaux de la mer Egée pendant un été
entier.








