"La
dékère de Philippe, qui était le vaisseau amiral,
tomba d’une manière extraordinaire à la merci de
l’ennemi. Comme une trihémiolie s’était présentée
devant elle, elle lui donna un coup violent au milieu de la coque et
resta fixée sous le banc supérieur, le pilote n’ayant
pu freiner l’élan de son navire ; avec ce bateau accroché
à lui, le navire amiral était en détresse, difficile
à manœuvrer dans n’importe quelle direction. C’est
alors que deux pentères se jetèrent sur lui, l’endommagèrent
des deux côtés, et coulèrent ce navire avec l’équipage
qu’il portait, notamment Démocratès, l’amiral
de Philippe. Au même moment, Dionysodoros et Deinocratès,
deux frères qui étaient les amiraux d’Attale et qui
s’étaient jetés l’un sur une heptère
ennemie, l’autre sur une octère, connurent dans ce combat
des hasards extraordinaires. Deinocratès, s’étant
jeté sur une octère, fut lui-même atteint au-dessus
de la ligne de flottaison, le navire ennemi ayant une proue surélevée
; mais ayant endommagé le navire ennemi sous la coque, il ne
put d’abord se dégager malgré tous ses efforts pour
faire marche arrière ; aussi, comme les Macédoniens se
battaient vaillamment, il se trouva dans la situation la plus critique.
Mais Attale vint le secourir et sépara les deux bateaux accrochés
en éperonnant celui de l’ennemi, si bien que Deinocratès
se trouva libéré de façon inattendue, que les hommes
du vaisseau ennemi se firent tous tuer en se battant vaillamment et
qu’Attale captura ce vaisseau où il ne restait plus personne."
Polybe, Histoires, XVI, 2, 3-11.
La période hellénistique
apporte de nombreux changements à la construction navale. La
trière, navire de guerre dominant pour la période classique,
est progressivement remplacée par des unités plus grosses.
L'évolution tend à une augmentation du nombre de rameurs.
On parle alors de tétrères (4), de pentères (5),
d'hexères (6), d'heptères (7) ou d'octères (8).
De nombreuses sources indiquent aussi l'existence de navire à
16 "rames" ou même davantage. Il est difficile de se
représenter l'apparence de tels navires. Il est certain que le
nombre indiqué ne correspond pas au nombre de rames par côté,
mais plutôt au nombre de rameurs. Ainsi, plusieurs rameurs peuvent
manoeuvrer la même rame. De cette manière, une heptère
comprenant 7 rameurs par côté peut disposer de trois rangs
de rame, avec deux rameurs sur chacun des deux premiers et trois sur
le dernier (2-2-3) ou seulement deux rangs de rame avec 3 rameurs sur
le premier et quatre sur le deuxième (3-4) (voir la deuxième
image). Les plus gros navires (16 ou plus) sont principalement employés
pour des parades et incarnent la puissance du souverain.
La plupart des grosses
unités sont appelées navires pontés (kataphractoi)
c'est-à-dire vaisseau recouvert d'un pont intégral où
peuvent évoluer les combattants embarqués. On imagine
qu'une petite oxybèle est placée à l'avant du navire.
Certains historiens avancent l'hypothèse que les navires hellénistiques
étaient équipés de nombreuses machines de guerre
comme des pétroboles. La plupart des sources citées décrivent
cependant des opérations de siège où les flottes
servent de plateforme pour les machines de siège. Diodore parle
de machines embarquées lors de la bataille de Salamine de Chypre
en 306 av. J.-C. entre les flottes de Ptolémée et de Démétrios,
mais ce dernier s'est équipé des machines qu'il employait
pour le siège de Salamine. Le récit de la bataille de
Chios, dont fait partie le passage de Polybe, ne fait pas mention de
machines de jet.
Parallèlement
à ces navires pontés, les flottes hellénisitiques
emploient également des navires non pontés ou aphractoi,
comme des trihémiolies ou des trières. Certains peuples
se spécialisent dans les petits navires légers, efficaces
pour les opérations de piraterie. Les Illyriens sont connus pour
leurs navires légers, appelés lemboi, que les historiens
modernes ont de la peine à traduire. Philippe V de Macédoine,
pour disposer d'une flotte apte à lui permettre des coups de
main rapides, construit une centaine de lemboi. Ils lui seront
d'une grande utilité, notamment pour gêner les navires
pontés ennemis lors de la bataille de Chios.







