L'âme
d'Achille à Ulysse: "Parle-moi de mon père et
de mon fils laissés là-bas." Odyssée,
XI 174
Tandis que le
terme oikos désigne la cellule familiale et les personnes
qui vivent sous un même toit, le terme genos désigne
la lignée des descendants mâles. Les travaux de F. Bourriot
et de P. Roussel sur le genos ont montré que l'on avait
exagéré son importance et qu'en aucun cas on ne saurait
imaginer le genos homérique sur le modèle de la
gens romaine: une grande famille patriarcale réunissant
toutes les branches issues d'un même ancêtre et constituant,
en tant que clan, une structure sociale fondamentale. Dans le monde
homérique, le genos constitue certes une structure fondamentale
mais en tant que lien unissant les générations et créant,
entre elles, un lien d'obligation d'honneur réciproque. Le genos
structure et organise la société dans le temps comme l'oikos
la structure et l'organise dans l'espace. Deux membres d'un même
genos, comme Agamemnon et Ménélas, n'habitent pas
nécessairement la même cité, ni la même région,
mais ils se définissent tous deux, solidairement, comme des fils
d'Atrée (Atrides).
Prenons quelques
exemples de cette détermination du héros par rapport à
son genos. Quand il se nomme, le héros dit son nom et,
le plus souvent, il précise son identité en nommant son
père. Dans l'Odyssée, Achille s'adresse à
Ulysse en l'appelant: "Divin fils de Laërte, industrieux
Ulysse". La première structure à laquelle un
héros appartient est celle d'une lignée qui remonte à
son père et à ses ancêtres paternels. Fier de pouvoir
nommer son père, le héros aspire aussi laisser derrière
lui un fils qui se souviendra de lui et qui contribuera, à son
tour, à le renommer. Quand il exhorte ses hommes aux combats,
Hector leur rappelle que la mort n'est pas honteuse pour qui sauve son
pays, sa femme, ses enfants, sa maison et son patrimoine. Et, lorsqu'il
rappelle à Andromaque son devoir guerrier, le même Hector
insiste sur la gloire qu'il entend conquérir pour son père
et pour lui-même.









